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Avez-vous besoin d’espoir et d’idées par rapport à votre vie, à vos projets et à l’évolution du monde – et en particulier en ce qui concerne la manière de se nourrir ?

Le magazine Réécrire a dernièrement publié une interview riche en enseignements de Cyril Dion.

Cyril Dion est connu pour être l’un des co-fondateurs du mouvement Colibris, dont la vocation est notamment de promouvoir l’agroécologie préconisée par Pierre Rabhi.

Il est également Directeur de rédaction du magazine Kaizen.

Voici quelques moments forts de l’interview :

On a besoin de retourner vers une agriculture de plus petite taille dans laquelle chaque pays puisse produire ce dont ils ont besoin et avec des techniques n’utilisant pas de pétrole ni de pesticides.

Cyril Dion insiste sur l’adoption d’un modèle basé sur l’agroécologie, pouvant à la fois décupler les rendements des exploitations agricoles et s’adaptant aux modèles d’agricultures des pays du Sud, dans lesquels les machines sont peu utilisées.

Beaucoup d’entre nous prenons conscience de cette nécessaire mutation de notre système agricole : une sorte de retour aux sources où nous pourrions nous ré-approprier un modèle de cultures locales saines et naturelles garantissant des produits de qualité, permettant d’entretenir des contacts directs avec les producteurs et de garantir des coûts de transports des denrées quasi-nuls.

Le système agricole « dominant » en vigueur démontre clairement ses limites. Il ne subsiste en Europe qu’à l’aide d’importantes subventions et conduit à des aberrations allant à contre-courant d’un mode de vie harmonieux : production de produits de qualité douteuse, pollution des sols, transport des denrées sur de très longues distances…

Il se développe actuellement le modèle des AMAP , véritable alternative au modèle agricole actuel permettant de mettre en lien des consommateurs avec des producteurs locaux garantissant des produits de qualité. Nous ne répéterons jamais assez à quel point de telles initiatives sont louables.

Mais la route est encore longue : les terrains disponibles à la périphérie des métropoles sont encore trop limités et les AMAP affichent souvent complet, ne pouvant satisfaire l’ensemble de la demande (ce qui est néanmoins bon signe pour ces producteurs qui parviennent à vendre sans difficulté leur production).

Par rapport à la pauvreté :

Alors que cette situation est extrêmement grave, rien ne se passe. A mon sens il y a trois grandes raisons à cela :
1/ La pression des lobbies.
2/ Dans les pays occidentaux, la faim dans le monde ou le réchauffement climatique sont indolores.
3/ Nos responsables politiques ont encore une façon de penser du siècle dernier.

Nos responsables politiques auraient ainsi une fâcheuse tendance à ignorer certaines réalités, envisageant les résultats à court terme, voyant les ressources dont nous disposons comme des stocks qui s’épuisent continuellement et n’allant pas vers les solutions durables : mise en place de « fonctionnements en boucle comme l’énergie circulaire où chaque objet créé entre dans une chaîne de recyclage infinie », « croissance des potentialités humaines« , « économie beaucoup plus localisée et dématérialisée« .

Un blog comme celui-ci proposant des recettes végétariennes se veut aller également dans le sens de telles solutions durables. Au-delà du simple plaisir culinaire, manger sain et végétarien est une alternative qui deviendra de plus en plus incontournable pour nous amener à vivre en adéquation avec notre temps.

Et cela, même si nous adoptons dans l’immédiat un « végétarisme à temps partiel« .

Disposer des clés pour adopter ce modèle d’alimentation sera probablement l’un des enjeux pour créer un monde différent pour demain, contribuant à proposer une nouvelle forme de conscience.

La cuisine végétarienne basée utilisant des ingrédients biologiques – issus de cultures respectueuses des sols – est sans doute l’un des points de départ à partir desquels nous pourrons disposer de nourriture saine en quantité suffisante, garantir notre santé, respecter l’environnement dans lequel nous vivons et également de respecter la vie (en l’occurrence la vie animale).

En l’absence de conscience et/ou d’action de notre classe politique, chacun, à son niveau, se doit de participer et d’agir, quelle que soit sa position – personnes diffusant de l’information, producteurs, consommateurs…

Malgré des modèles économiques et alimentaires actuellement en vigueur et ne favorisant pas de solutions durables pour notre société, nous devons prendre conscience que nous avons les moyens de forger le modèle que nous souhaitons voir émerger par nos choix et par nos actes.

Sur notre rôle dans le changement de société :

La première chose à faire et la plus importante, à mon avis, est de faire ce qui nous rend heureux ; ce qui nous passionne le plus dans la vie. Aujourd’hui l’essentiel des comportements que nous avons, et qui détruisent le tissu social ou la planète, sont des comportements de compensation.

Selon Cyril Dion, c’est cette frustration de ne pas être en phase avec ce qui nous passionne qui pousse à consommer de manière excessive, et à rechercher toutes sortes de reconnaissance, quitte à avoir des attitudes néfastes à l’égard des autres.

Un retour à l’essentiel s’impose donc et cela passe justement par le fait de savoir ce qui est réellement essentiel pour nous. Il sera alors possible d’orienter nos modes de vie autour de l’idéal que nous poursuivons et ainsi de nous abstenir de rechercher constamment des ersatz masquant des existences dont le sens profond n’a pas encore été réalisé.

Ensuite, il est primordial de nous demander, pour chaque chose que nous faisons, quel impact elle a sur la planète et sur les êtres humains.

La conscience c’est notre appréhension de la réalité. […] Pour l’humanité avoir un plus haut niveau de conscience serait par exemple de comprendre que lorsqu’on agit, cela a une conséquence sur l’ensemble de la planète.

Cette conscience peut nous amener à agir, que ce soit dans nos choix consuméristes ou dans nos comportements au quotidien.

Une telle manière de voir rejoint la vision bouddhiste qui préconise de prendre en considération la loi du karma.

Karma, littéralement, signifie « acte« , et chaque acte a une valeur – positive, neutre ou négative. Et comme le mentionne Cyril Dion, chaque acte a, en fonction de sa valeur, une conséquence, un effet, et nous devrons nécessairement en recueillir les fruits à plus ou moins court terme.

Et ce qui est intéressant dans la loi du karma, c’est que la causalité karmique est toujours individuelle, jamais collective. Cela doit nous faire prendre conscience de notre propre responsabilité et c’est au niveau de chaque être qu’une conscience nouvelle pourra provoquer, par des comportements vertueux que nous parviendrons à combiner, un changement profond de notre société.

Ce qui nous manque à mon avis, c’est une vision de la société que nous aimerions construire […]. Si nous avons cette vision de l’avenir, nous comprenons que chaque petit pas que nous faisons est comme une brique que nous posons pour construire la maison à laquelle nous rêvons. Et plus nous serons nombreux à le faire, plus le chantier ira vite !

Là aussi, nous ne pouvons qu’être en accord avec ce point de vue. Les solutions durables vers lesquelles nous nous orientons sont loin d’être des points de vue idéologiques auxquels nous nous accrochons. Il y a dans ces démarches quelques chose d’éminemment dynamique, orienté vers une conception du monde dans lequel de telles solutions seraient appliquées à grande échelle.

Nous pouvons ainsi nous projeter et concevoir un monde dans lequel les problèmes comportementaux, sanitaires, environnementaux… pourront être considérablement diminués et où chacun pourra disposer de meilleures conditions de vie. Ce monde, lorsque nous le visualisons, nous motive à agir au quotidien pour que, pas à pas, pierre après pierre, cet idéal se matérialise au fur et à mesure des avancées de chacun.

Le végétarisme va dans ce sens, l’agroécologie va dans ce sens, et beaucoup d’autres initiatives vont dans ce sens. A chacun de retrousser ses manches et de contribuer, à sa mesure, à un idéal que nous poursuivons.

Un grand merci au magazine Réécrire pour ce bel article et également pour son aimable autorisation d’en diffuser certains passages sur ce blog.

L’interview se trouve ici.

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Photo par Gimli_36